Saïd Sekkat, président de la commission RSE & Labels à la CGEM - LE MATIN

Matin Eco : Les entreprises marocaines sont-elles socialement responsables ?
Saïd Sekkat : Il faut savoir que toute entreprise qui adhère à la CGEM adhère à sa charte responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) et s’engage à la respecter. Cette charte est articulée autour de neuf axes relatifs aux différents domaines, tels le respect des droits de l’homme, qui est le premier et le plus important, les actions sociétales, la lutte contre la corruption… 
Mais, si une entreprise veut une reconnaissance officielle, elle fait appel à un cabinet pour l’évaluation (celle-ci peut durer plusieurs mois) de sa conformité à la charte CGEM et elle vient présenter son dossier à la Confédération et on décide si elle est conforme totalement à la charte pour lui octroyer le label.
Il est à noter que chaque axe de la charte se décline en actions mesurables.

Donc, on peut dire qu’on a beaucoup d’entreprises qui sont socialement responsables, mais qui n’ont pas encore cherché à avoir ce label ?
Oui, chaque entreprise a son propre processus ; il y en a celles qui cherchent plutôt des certifications (ISO…) et d’autres qui se disent que, étant donné qu’elles répondent à l’ensemble des axes de la charte, elles doivent demander ce label. Mais chacune a ses priorités et ses objectifs.

Est-ce qu’on peut dire que la RSE est une tendance mondiale ?
Ah oui, j’ai tendance à dire que la RSE ne connaît pas la crise. De plus, si par le passé, la RSE était considérée plutôt comme un outil de cosmétique (on mettait du maquillage pour être beau), elle est abordée aujourd’hui comme un véritable outil stratégique pour l’entreprise. Et ce qu’on constate, c’est qu’en Europe, il y a même des obligations légales pour certaines entreprises de faire des rapports extra-financiers qui portent sur les aspects environnementaux et sociaux. Du coup, l’on dépasse la simple question de profit qu’on attendait généralement d’une entreprise.

La crise que connaît l’économie actuellement est-elle un handicap pour pouvoir convaincre les entreprises d’adhérer à la RSE ?

Justement non. Les Anglo-saxons disent quand il y a la crise «Back To Basics», c’est-à-dire on revient aux bases, en l’occurrence le profit. Or, ce qu’on constate, c’est qu’avec la crise, il y a un problème de confiance (des consommateurs, des syndicats, des partenaires…). Alors une démarche RSE renforce les cirières de transparence, de bonne gouvernance… c’est quelque chose qui rassure les parties prenantes. Donc, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, en période de crise, la RSE est à la fois un outil pour renforcer aussi l’entreprise, parce qu’il la rend plus compétitive et plus performante.

Ce label est-il reconnu à l’international ?
Il y a aujourd’hui toute une évolution au niveau international. Cette évolution a abouti à ISO 26000 qui est une définition de ce qui est un comportement RSE. Toutefois, ISO 26000 n’est pas certifiable, contrairement à notre label qui l’est. Et la charte CGEM comporte exactement les critères d’ISO 26000 ; donc, c’est une reconnaissance internationale. D’ailleurs, nous avons des entreprises qui cherchent à décrocher notre label, car les donneurs d’ordres à l’international avec qui ils traitent exigent ces critères.

On a évoqué le projet d’un label global qui englobe la RSE, la catégorisation (au niveau du Fisc, de la douane…). Travaille-t-on actuellement sur ce projet ?

Effectivement. En fait, on a mis en place le Label RSE, il s’agit à la fois de valoriser les meilleures entreprises, les plus transparentes ; mais d’un autre côté, on cherchait aussi des avantages pour ces entreprises. Il y a eu des conventions qui sont toujours d’actualité avec le Fisc, la CNSS, un certain nombre de partenaires, des banques, pour faciliter les démarches auprès des administrations. Entre temps, la catégorisation est venue. Et nous, nous avons œuvré pour l’harmonisation de ces outils, pour avoir un seul outil qui permet l’élargissement des avantages accordés aux entreprises (en matière d’impôts, au niveau de la douane, CNSS…).

 

«La RSE rend l’entreprise plus performante»
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