La mise en œuvre de pratiques socialement responsables peut aider à renforcer le pouvoir interne de la firme, des managers notamment, mais aussi appuyer sa légitimité face aux clients, ce qui est très intéressant en matière de concurrence.

Les motivations à s’engager dans des politiques RSE sont donc plurielles, éventuellement contradictoires et restent encore assez flous sur le terrain malgré des directives clairement énoncées.La première de ces motivations est la réponse aux pressions des acheteurs ou donneurs d’ordre. Il s’agit alors de stratégies d’accès au marché, les stratégies de construction des marchés constituant une composante des formes de concurrence.

La seconde motivation est d’ordre défensif ou réactif:il s’agit de mettre en œuvre une stratégie de communication pour «redorer l’image» de l’entreprise ou restaurer la confiance perdue vis à vis des parties prenantes.Une motivation intermédiaire, point d'équilibre, reste encore à trouver...

Les PME marocaines sont de plus en plus conscientes que la responsabilité sociale peut revêtir une valeur économique directe. Bien que leur responsabilité première soit de générer des profits, elles peuvent en même temps contribuer à des objectifs sociaux et à la protection de l’environnement, en intégrant la responsabilité sociale comme investissement stratégique au cœur de leur stratégie commerciale, dans leurs instruments de gestion et leurs activités.

On s'aperçoit toutefois d'une large conformité des pratiques des entreprises avec la réglementation du travail et de la sécurité, avec des attitudes mitigées en matière de formation professionnelle. Le dialogue social ainsi que la présence syndicale semblent également très limités. Ces indices montrent une certaine vulnérabilité des petites et moyennes entreprises, qui jouent le jeu, sans en toujours avoir les moyens voire les clés.

La RSE peut-elle être interprétée comme une composante d’un nouveau compromis visant à mettre au travail les travailleurs qualifiés par une mobilisation autour de «valeurs partagées». Les composantes discursives et managériales de la RSE peuvent être considérées comme partie intégrante de la relation salariale, mais on peut on se demander quelles sont les conditions qui permettent de passer de la mobilisation-implication à la transformation de la relation salariale par l'adéquation des valeurs du groupe aux grandes questions de société, notamment l'empreinte écologique.

Face à la progressive prise en compte des problématiques RSE par les partenaires sociaux et les associations de défense de l’environnement et des droits de l’homme, la RSE reste un rapport de forces en cours.

Il existe un potentiel d'évolution des dynamiques actuelles soit vers une accentuation d'une forme libérale de la concurrence (avec le développement d’une RSE «caritative» de compensation à l’anglo-saxonne), soit vers l'intégration de l'idée de solidarité et de démocratie dans les relations économiques (avec le développement d’une RSE «participative» opérant un rééquilibrage dans le rapport de force actuel).

Et là, tout reste à écrire...

 

Nasrallah Belkhayate

Valérie Croy

RSE au Maroc : ce qu 'il faut savoir  ( 3 partie)
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